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N°122 Septembre 2004 | |
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a cinquante ans, et sent le caramel ?
Étude marketing L’entreprise se lança donc, par l’intermédiaire de ses représentants et des commerçants, dans ce que l’on n’appelait sans doute pas encore une étude marketing. La remontée des informations venant de clients et de groupes d’enfants fit apparaître deux tendances : les consommateurs –les enfants- voulaient un produit plus élaboré, plus adulte, un produit à mâcher, plus malléable que la sucette ; les acheteurs –les mamans- préféraient encore les sucettes. Résultat de cette consultation, les chercheurs de l’entreprise furent sollicités pour la création d’un caramel au chocolat. "Au départ, se souvient Georges Fauchille, nous étions partis sur l’idée d’un gros caramel carré, mais les machines qui fabriquaient ce genre de caramel étaient anciennes. C’est alors qu’André Fauchille pensa que les machines qui fabriquaient des petits caramels (toffees) à grande vitesse pourraient, si on les transformait, fabriquer des caramels gros et longs". Transformation C’est là qu’intervient un nom associé à la création du Caram’Bar, celui d’Augustin Gallois, le directeur technique de l’usine Delespaul-Havez, à qui André Fauchille demanda de réaliser cette transformation. "Ne vivant que pour son travail, passant tout son temps à l’usine, celui-ci a réalisé un remarquable travail pour adapter deux machines au format que nous avions entre-temps finalement retenu: celui d’une barre –pour que les enfants puissent éventuellement la sucer- de 12mm sur 12mm et 62mm de long. Parallèlement à la mise au point de la fabrication, explique Georges Fauchille, nous avons choisi l’emballage (un papier paraffiné, fermé à chaque bout par des papillottes), les coloris dudit emballage volontairement très vivants, fuchsia et jaune, le nom Caram’Bar –pour caramel en barre-, dérivé de nos caramels Caram’Toffees, le graphisme, la boîte… Le Caram’Bar était né". Quand la recette fut-elle au point ? Léon Stevens, qui était alors responsable du matériel chez Delespaul-Havez, en a une idée assez précise : "On a fait goûter la pâte à mon épouse Rosette, qui travaillait aussi dans l’entreprise et était alors sur le point de mettre au monde notre fils aîné, se souvient-il. Or, celui-ci est né à la mi-février 1954". Succès immédiat Les deux machines modifiées commencèrent alors à produire 350 puis 600 bonbons/minute, des Caram’Bars qui étaient conditionnés en boîtes de 200. "Quand nous avons eu un stock suffisant, raconte Georges Fauchille, nos représentants sont partis, un lundi matin de mars 1954, proposer les Caram’Bars à leurs clients. L’après-midi même, sans que nous ayons fait aucune publicité, tout était vendu, et Roger Delacroix, responsable des commandes et des livraisons, a été obligé d’organiser un contingentement". Il faut dire qu’au prix de cinq francs de l’époque, le Caram’Bar répondait parfaitement à ce qu’avait voulu André Fauchille : "Un produit beau, bon et pas cher, pour que les enfants puissent l’acheter avec la monnaie qu’ils ont dans la poche". Devant ce succès instantané, Augustin Gallois fut chargé de modifier aussitôt deux autres machines pour répondre à la demande, en attendant que des nouvelles machines ne soient construites spécialement par un fabricant allemand, avec un contrat d’exclusivité d’un an qui permit au Caram’Bar de s’imposer à travers la France. " On ne cessait plus d’installer des machines pour répondre à la demande, se souvient Léon Stevens ; il y en avait même sur une sorte de mezzanine ! ". Le succès du Caram’Bar fut aussi celui des points DH qui figuraient sur tous les produits Delespaul-Havez et permettaient d’obtenir des cadeaux. Un point pour un Caram’Bar, dix ou vingt points sur les plaques de chocolat… et pour 100 points, vous aviez droit à une photo de vedette, pour 400 à une petite voiture ou un puzzle, pour 600 points à une poupée… Quant au ballon de football, il " valait " 6000 points ! En 1969, les blagues ont remplacé les points DH sur les emballages de Caram’Bar. Ensuite, il y eut, en 1972, le Super Caram’Bar, qui perdit son apostrophe en 1977 avant de redevenir Carambar en 1984. Bien sûr, aussi, au fil des années, étaient nés le Caranouga, les Carambars Fruits, puis les variétés Eloustic, Atomic, Cola… Exposition Mais pour des générations d’enfants devenus adultes, le Carambar sera toujours la barre de caramel au chocolat créée en 1954. Et c’est donc à elle que sera, avant tout, consacrée l’exposition qui se tiendra dans les Salons d’Honneur de l’Hôtel de Ville, du 9 au 21 septembre. Une exposition préparée par le service des Archives municipales, Patrimoine, Expositions et " montée " avec l’aide de Philippe Gallois (photo ci-contre), le neveu d’Augustin Gallois, grand collectionneur de documents et objets racontant l’histoire de Delespaul-Havez, et donc du Carambar, et de Michel Lengelé. " Nous avons voulu, à travers le Carambar, rendre hommage aux hommes et aux entreprises qui ont fait le riche passé industriel de notre région, et ont porté sa réputation à travers le monde, explique Bernard Gérard, maire de Marcq-en-Barœul. C’est aussi l’occasion de montrer la solidarité de la ville avec ceux qui fabriquent encore aujourd’hui des Carambars sur le site marcquois. Car derrière les aventures industrielles il y a toujours des aventures humaines". C’est dans cet esprit que le Conseil municipal a décidé, à l’occasion de ce cinquantième anniversaire, de donner le nom d’André Fauchille à une voie desservant de nouvelles habitations qui jouxtent la rue Albert Bailly. L’occasion de montrer qu’au-delà de la légende, il y a une réalité : la création du Carambar a été un travail d’hommes, un travail d’équipe. De Delespaul-Havez à Cadbury-Schweppes C’est en 1848 qu’Henri- Victor Delespaul et son épouse Emilie Havez créent, rue Faidherbe à Lille, une fabrique de dragées et de bonbons au chocolat. L’entreprise prospère, se met à produire du chocolat en tablettes, et devient, dans ses nouveaux ateliers de la rue Nationale, une usine de fabrication de chocolat et de confiseries. La qualité de ses produits lui vaut de nombreux prix dans les expositions nationales et internationales. Pourtant, Henri-Victor Delespaul vend son entreprise dès 1893 aux sieurs Franchomme et Fauchille qui, sous son nom d’origine, continuent à la développer. Un essor qui nécessite la construction d’une usine à Marcq-en-Barœul en 1899. En plus de la chocolaterie, de la confiserie et des dragées, Delespaul-Havez se met alors à produire des biscuits, des pains d’épices et même, plus tard, des pâtes alimentaires. Et c’est André Fauchille qui est à la tête de l’entreprise après la Seconde Guerre Mondiale, et donc, en 1954, quand le Carambar est créé. Générale Alimentaire En 1965, la société Delespaul-Havez fait son entrée dans la Générale Alimentaire, un groupe qui possède ou possédera des marques comme Amora, La Pie qui chante et Vandamme. Le Carambar représente alors 50 % du tonnage produit à Marcq-en-Barœul, mais constitue l’essentiel des bénéfices de l’entreprise. En 1968, la Générale Alimentaire arrête les activités de biscuiterie de Delespaul-Havez et construit un nouvel atelier de production pour le Carambar qui devient la seule production marcquoise. En 1980, la Générale Alimentaire est absorbée par le groupe BSN, dirigé par Antoine Riboud, qui en 1989, exhibera un Carambar dans une émission télévisée pour symboliser l’activité de son groupe. Ce qui n’empêchera pas son fils, qui lui succède à la tête du groupe (devenu entre-temps Danone) de céder en 1998 toutes les activités "sucrées" dudit groupe, et donc le Carambar, à Cadbury-Schweppes. Une évolution industrielle qui permet au Carambar d’être désormais distribué, après la France, la Suisse et la Belgique, en Allemagne, en Hollande, en Grande-Bretagne et en Irlande.
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